Gilles Marmasse, L’histoire hégélienne entre malheur et réconciliation

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Paris, Vrin, 2015, 416 p.

 

Comment penser la pluralité et le devenir des cultures et des régimes politiques ? Hegel ne cherche pas à repérer un éventuel « plan » qui rendrait compte des événements historiques, mais il étudie comment chaque peuple se donne une identité et produit des institutions stables et intégratrices. Il s’efforce également de montrer comment, d’époque en époque, advient une conception authentique de la liberté – la découverte que tout individu a une valeur infinie et que la volonté étatique doit unifier le bien commun et les intérêts individuels.

Cependant, on ne peut qu’être frappé par l’insistance de Hegel sur le caractère corruptible de chaque peuple. Certes, un peuple qui joue un rôle dans l’histoire est « rationnel » au sens où il est le sujet de son devenir et unifie ses membres dans un vouloir commun. Toutefois, aux yeux de Hegel, il a pour défaut de ne pouvoir dépasser son particularisme. Il est dès lors voué à être défait au nom d’une légitimité culturelle ou politique supérieure. Si l’histoire permet le progrès de la conscience de la liberté, elle n’est aussi que cet « autel » – voire cet « abattoir » – où « sont conduits, pour y être sacrifiés, le bonheur des peuples, la sagesse des États et la vertu des individus ».

L’ouvrage invite à abandonner l’interprétation traditionnelle selon laquelle l’histoire, pour Hegel, serait marquée le triomphe d’une raison continûment souveraine. Car, bien plutôt, Hegel nous propose une lecture ambivalente et inquiète du devenir historique.

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