Résumé de la thèse

« Mon travail cherche à rendre raison d’une présence étonnante au sein de la philosophie française de la seconde moitié du XXe siècle : l’entrelacs du questionnement éthique et d’une interrogation concernant la valeur du silence. Je soutiens qu’une telle attention partagée par Emmanuel Levinas, Jacques Derrida et Jean-Louis Chrétien ne saurait être le fruit du hasard, ni trouver sa source dans la référence commune à Heidegger, lequel propose certes une ontologie qui incorpore le silence comme modalité de l’appel de l’être (Ruf) mais ne formule en aucun cas un rapport à l’Autre qui serait rendu possible par ce silence. Il me semblait alors que, secrètement, travaillait dans ces textes la reprise d’un problème qui se trouve formulé dans celui que Heidegger appelle non pas un penseur mais un écrivain religieux – Kierkegaard. Pour Kierkegaard le silence se déploie en des facettes multiples – Stumme, Taushed, Stilhed, silence de la nature et silence qui rompt le bavardage, silence du criminel comme silence de Dieu et devant Dieu. Dans tous les cas ces silences témoignent d’un rapport à l’altérité, celle d’autrui, de Dieu ou même de soi-même comme un autre. À partir de ce constat, ma thèse tente de dessiner les différentes voies qui s’ouvre à une telle éthique fondée dans et par le silence : de l’hyperéthique de Derrida au politique du tiers chez Levinas, de l’hospitalité du silence chez Chrétien au silence confessionnel devant le divin. »