Comité d’organisation : Michel Menu (Physicien, chef du département recherche du C2RMF), Jean-Michel Geneste (Préhistorien, Conservateur général du patrimoine honoraire), Philippe Grosos (Philosophe, université de Poitiers), Nicolas Mélard (Archéologue, C2RMF), Boris Valentin (Préhistorien, université Paris 1)

Né au milieu du XIXe siècle, le concept de “préhistoire” est-il aujourd’hui encore doté de quelques pertinences que ce soit ? Certes, comme d’autres découpages conventionnels du temps, son usage est commun. Mais ne relève-t-il pas de ces termes dont les spécialistes ne savent en vérité que faire, ou pis encore de ce que Bachelard, en son temps, nommait un « obstacle épistémologique », soit un de ces concepts dont le maintien bloque la progression à venir de la connaissance ?

Car de fait, la gêne à propos de ce terme semble aujourd’hui augmenter, et cela est particulièrement sensible partout où l’écriture (les cités, l’État…) sont d’importation très récente. Ce n’est pas seulement que ce terme manque de précision (les vieilles notions de Paléolithique et de Néolithique étant depuis longtemps déjà bien préférables), mais c’est également que son préfixe – des plus « cocasses » pour un tel usage, rappelait déjà Lucien Febvre – nous oblige à nous interroger sur le sens de ce que nous reconnaissons comme de l’histoire.

Faut-il en conséquence, afin de repenser la temporalité qu’il induit, reformuler la notion ou bien l’abandonner ? Si on la maintient, où s’arrête ce qu’elle est censée désigner ? Si on l’abandonne, convient-il par exemple de lui préférer la notion de paléohistoire ? Mais alors celle-ci peut-elle se constituer sans reconduire la césure qu’elle entend estomper ? Peut-elle se penser sans invoquer une néohistoire ? Plus radicalement, peut-être, la “préhistoire” (non son objet) n’est-elle pas le nom d’un mythe constitutif de notre modernité ? Ou convient-il de repenser encore de façon tout autre la difficulté ?

Afin de donner sens à ces problèmes et d’esquisser une réponse à la question décisive de savoir quoi faire avec ce concept, en finir ou non avec lui, cette journée d’études se propose d’aborder quatre axes majeurs de réflexion : celui des origines et de l’évolution du concept de préhistoire, celui des temporalités et des régimes d’historicité qu’il est censé recouvrir, celui des moyens de mettre en récit les anecdotes tirées de nos analyses au cœur des matériaux et enfin celui des mémoires auxquels ces récits nous renvoient ou à l’inverse auxquels ils omettent de nous ramener.