Organisation : Gilles Marmasse et Victor Béguin

Comme chacun sait, la philosophie allemande de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle valorise extraordinairement la raison. Une idée clé est que rien – ni savoir, ni croyance, ni valeur ni pouvoir – ne peuvent légitimement prétendre échapper à la raison comme instance explicative et critique. La question, cependant, est de savoir si la raison peut à elle seule fournir une pensée adéquate. Peut-elle se passer des sentiments, voire des croyances, si elle entend connaître autre chose que des ombres et formuler une morale qui ne soit pas desséchante ? Mais, à l’inverse, une pensée qui assumerait sa dépendance à l’égard de la sensibilité ne sombrerait-elle pas inévitablement dans la confusion et l’arbitraire ?

Une lecture attentive des textes de la période étudiée montre que de multiples discussions prennent pour thème le statut des affects dans la pensée et la volonté. Par exemple : quel rôle le sentiment joue-t-il dans la certitude de l’existence des choses extérieures ? Est-on vertueux quand on fait son devoir sans plaisir ? Peut-on agir moralement sans présupposer une instance divine qui rende cette action efficace ? Y a-t-il une rationalité du sentiment esthétique ? Quelle part l’expérience du corps a-t-elle dans l’accès à l’absolu ? Peut-on penser l’histoire sans prendre en compte les désirs élémentaires des hommes ?

Nous nous proposons d’étudier le rapport entre pensée rationnelle et affectivité dans les débats qui se nouent autour de Kant, dans le post-kantisme et l’idéalisme allemand ainsi que chez les successeurs de Hegel. La date initiale correspond à la publication de la Critique de la raison pure de Kant, la date finale à la publication de l’Esprit du christianisme de Feuerbach.

Le colloque s’efforcera non seulement de mettre en évidence les conceptualisations individuelles mais aussi de repérer comment les problématiques circulent et se transforment d’un auteur à l’autre. L’hypothèse est que les œuvres de la période étudiée forment une transition entre les grands rationalismes post-cartésiens, fascinés par la déduction abstraite, et la mise en cause de la raison dans les vitalismes de la seconde moitié fin du XIXe siècle. De Kant à Feuerbach, l’idée de vérité rationnelle demeure, mais le constat tend à s’imposer que la rationalité ne peut pas faire l’économie des affects.

 

Participations confirmées et intitulés des interventions :

 

Ugo Batini (Université de Poitiers) – Schopenhauer : le sentiment du monde face au fantôme de la raison

Victor Béguin (Université de Poitiers) – Hegel avec et contre Hamann

Christian Berner (Université Paris-Nanterre) – Sentiment et dépendance absolue chez Schleiermacher

Christian Bonnet (Université Paris-I Panthéon-Sorbonne) – Le rationalisme sceptique de Georg Christoph Lichtenberg

Arnaud François (Université de Poitiers) – Entre besoin et amour : l’homme de l’illusion religieuse selon Feuerbach

Mildred Galland-Symkowiak (CNRS) – Foi et raison : de Solger au théisme philosophique

Miguel Giusti (Université de Lima) – Foi et savoir. La persistance d’une intuition hégélienne

Antoine Grandjean (Sorbonne Université) – Wenn sie einmal da sind : Kant et la révélation historique de la rationalité pratique pure

Bruno Haas (Université Paris-I Panthéon-Sorbonne) – Kant et la beauté, sentiment logique

Gilles Marmasse (Université de Poitiers) – « Pas de toi, pas de moi » – Le cogito jacobien

François Ottmann (Académie de Créteil) – Le sentiment d’avoir raison : Kant et la religion

Roberta Picardi (Université du Molise à Campobasso, Italie) – Titre à déterminer [sur Fichte]

David Romand (Aix Marseille Université) – Les Skizzen zur Naturlehre der Gefühle de Beneke et la naissance du programme de recherche de
l’épistémologie affective au début du XIXe siècle

Alexandra Roux (Université de Poitiers) – Titre à déterminer [sur Schelling]

Gauthier Tumpich (Université Paris Ouest Nanterre La Défense) – La critique hégélienne des philosophies du sentiment fondateur

Giulia Valpione (Università degli Studi di Padova) – Politiques du sentiment dans le romantisme allemand